
J’ai mis presque 70 ans à arriver ici, là où tu me lis. 6 ans de théâtre, 3 romans publiés (et bien d’autres refusés), plus de 30 ans de publicitaire, une activité souterraine d’artiste visuel, et puis encore cycliste, traducteur, enseignant, clown, choriste, podcasteur, marathonien, vidéaste. Maintenant que j’y pense, s’il y a un fil conducteur, c’est le mouvement. Voilà pourquoi cette photo est floue.
J’ai déménagé 14 fois, couru 3 000 km, parcouru plus de 25 000 km à vélo (et je continue). En chemin j’ai rencontré plus d’un bon ami, j’ai eu la chance de connaître et d’avoir comme compagnes de nombreuses personnes belles, et j’ai expérimenté divers arrangements familiaux et sentimentaux.
Les 3 dernières années m’ont servi à comprendre certaines choses. Que le moment était venu de donner une vraie chance à l’art, et j’y ai travaillé. Que j’ai été très chanceux dans ma vie, et que le moment était venu de rendre un peu de cette chance, à ma manière. Et que l’art était mon moyen de le faire.
Je travaille à mes œuvres avec l’objectif de faire un art qui te veut du bien, qui te tient compagnie.
Parce que je me suis arrêté un jour pour regarder les étoiles, une nuit sans nuages. Distances. Fréquences. Ondes. Sans fin. Et un soir j’ai écouté le bruit du rien, il m’a suffi d’une radio faite de fil et d’un morceau de cristal. Le rien sonne et nous traverse toute la journée et nous ne l’entendons pas. Ondes. Fréquences. Distances. Sans fin. Ça fait un peu peur. Puis ça passe et ça nous laisse une phrase simple : nous sommes ici ensemble, sur la même particule d’infini, flottants, provisoires — le moins que nous puissions faire, c’est nous saluer.
Mes œuvres sont des signes de connivence, des gestes de gentillesse.
Et dès demain elles commenceront à voyager physiquement dans le monde. Pas seulement à regarder, mais à sentir, à toucher, à percevoir pour de vrai. Parce que si nous sommes submergés de signaux numériques immatériels, entourés d’écrans, isolés et seuls, moi je veux faire un vrai voyage, te rencontrer en personne. Et laisser un beau souvenir.
